Directrice d'école et Arbitre de Hockey sur Glace

11/02/2019

Marie-Tjana Picavet : « Le fait d'être une femme dans le milieu du hockey ne doit pas être un frein à vouloir devenir arbitre. »

Marie-Tjana est professeure des écoles, et aussi directrice d'une école maternelle à Biarritz. « J'ai commencé à arbitrer du hockey mineur en 1992. Je suis arbitre nationale depuis 2000, et internationale depuis 2001. J'ai découvert le hockey grâce à une copine d'école lorsque j'avais 8 ans, qui m'a un jour proposé d'aller voir jouer son papa. C'est immédiatement devenu une réelle passion. » Avoir plus de temps de glace : un facteur primordial dans la décision de devenir arbitre pour la jeune Boucalaise : « Le choix de devenir arbitre me permettait de multiplier considérablement le temps de glace, c'est ce qui a grandement motivé ma décision. Lorsque j'ai commencé à jouer, si nous ne faisions pas partie d'une équipe féminine, il était difficile de jouer en mixité, donc peu de match. Le fait d'arbitrer permettait d'avoir au minimum un match par week-end, même parfois jusqu'à 3, voire quelques fois aussi en semaine. » Marie-Tjana a joué pendant 10 ans, en passant par les clubs de Villard de Lans, Grenoble, Gap, ou encore Cergy-Pontoise, dont 5 ans en équipe de France, elle a également fait 2 championnats d'Europe en 2005 et 2006 au Danemark et en Slovaquie, et 1 championnat du monde en France, en 1999. En raison de son activité professionnelle, Marie-Tjana arbitre uniquement le samedi. « Tout d'abord, l'arbitrage n'est pas une activité professionnelle : il n'y a, à l'heure actuelle, aucun arbitre pro en France. Les journées de match se ressemblent beaucoup : elles commencent la plupart du temps par un long voyage, qu'il soit en train ou en voiture : l'équipe la plus proche de chez moi en Division 1, mis à part Anglet, étant à plus de 450 kms... » La jeune femme de 41 ans continue en nous décrivant un samedi-type de match : Premièrement : arrivée à l'hôtel, sieste, balade pour prendre l'air et collation, pour terminer par une bonne douche. Ensuite, retrouvailles avec les collègues 2 heures avant la rencontre, à la patinoire ou dans un endroit plus tranquille pour partager un café et rentrer dans notre match tranquillement. On discute de nos dernières expériences avec les équipes du jour, on aborde les questions que l'on peut avoir sur certaines situations rencontrées récemment... tout pour être dans les meilleures conditions possibles. Après le match - sauf impératif -, on mange ensemble, ce qui nous permet un débriefing de la rencontre mais aussi de parler d'autre chose que de hockey. Puis retour à l'hôtel et train le plus tôt possible le lendemain pour retrouver tout le monde à la maison, sauf si un autre match est prévu en route. »

« Avez vous un mot à adresser à celles qui souhaitent, comme vous, être arbitre de hockey sur glace ? Je dirais que le fait d'être une femme dans le milieu du hockey ne doit pas être un frein à vouloir devenir arbitre. Nous sommes là avec nos qualités et nos défauts comme chacun de nos collègues masculins. Il y a de la place pour les femmes à partir du moment où l'on arrive en tant que sportive et pas en tant que femme. Il faut faire ses preuves, c'est certain, peut être parfois plus, mais la reconnaissance est la même à partir du moment où le travail est fait avec sérieux, justesse et honnêteté. Le respect de ma fonction d'arbitre que je ressens de la part des collègues, coaches, joueurs ne me semblent pas différent de celui de mes homologues masculins. Les comportements les plus « machistes » et désagréables ressentis proviennent des spectateurs/supporters ...et étonnamment, de spectatrices. » Marie-Tjana nous décris son parcours sportif à l'étranger, qui est très complet et très respectueux, en détails : « J'ai la chance de pouvoir arbitrer à l'étranger depuis 2001, année de ma première désignation sur un tournoi par l'IIHF. C'est ce que je peux souhaiter à n'importe quel collègue, de la même manière que chaque joueur/joueuse souhaite rejoindre les rangs de l'équipe de France. C'est une façon de représenter le hockey sur glace français à travers le monde. Cela m'a permis de découvrir de nombreux pays et d'officier au plus niveau mondial, niveau que je n'aurais jamais atteint en tant que joueuse. J'ai donc participé à : 2 tournois qualificatifs championnat du monde, 10 championnats du monde, 1 Universiades, 2 camps pré-olympiques accompagnés de 2 tournois qualification olympique, 10 tournois de coupe d'Europe clubs, au Tournoi des 4 nations, ainsi que pour finir, à la Coupe d'Asie. » Elle nous donne pour terminer son avis sur la place de la femme dans le monde du hockey, en tant qu'arbitre : « Selon moi, il n'y a pas de place ou de statut particulier pour les femmes dans le corps arbitral français. Je me sens arbitre avant tout et pas femme-arbitre. A l'international, les hommes et les femmes évoluent aujourd'hui chacun de leur côté et se retrouvent seulement lors de certaines manifestations. C'est un travail de longue haleine et à mon sens, payant, pour qu'en France la femme ait une place à part entière dans le paysage du hockey sur glace. Une dynamique fédérale qui se voit dans les résultats des différentes équipes de France et la valeur des joueuses qui s'exportent de plus en plus. Il en est de même pour nous arbitres qui parvenons régulièrement à officier dans les plus hautes sphères mondiales, comme les JO, ou encore les championnats du monde groupe A. Quant au niveau international, la multiplication des tournois ou du nombre d'équipes par championnat, le passage à l'arbitrage à 4 officiels dans certaines catégories, et l'émergence du hockey dans de nouvelles régions du globe démontrent également une volonté de développer encore et encore le hockey féminin à travers le monde. »