Une famille en or

30/04/2019

Mars 2019, dans la famille Leclerc je demande le petit frère ! Guillaume, Meilleur compteur du championnat SLM, la petite sœur Sophie Meilleur compteur du championnat Féminin Elite ! Des trophées individuels conquis simultanément et respectivement, à 22 et 21 ans, c'est déjà en soi une magnifique histoire. Mais derrière ces reconnaissances visibles il y a une histoire familiale encore plus onirique. Une fratrie de trois que le grand frère Nicolas a conduit de Besançon à Amiens en passant - non pas par la Lorraine - mais par Dijon. Une fratrie de trois hockeyeurs aussi performants qu'étudiants brillants. Tous trois internationaux jeunes, tous trois bacheliers S : et oui c'est possible de concilier sport de haut niveau et de brillantes études ! Clin d'œil bien mérité à la famille Ritz (Dijon) et au tandem Mennessier-Buriez (Amiens) pionniers et accompagnateurs du concept «double projet».

Quand en septembre 2003, Bénédicte Leclerc devient Présidente de la section hockey du Besançon skating, cette alsacienne (du Sud !) vole au secours - avec une poignée de parents - d'un club qui a connu des montées jusqu'à l'Elite nationale mais aussi la D3. Bénédicte s'est installée 10 ans plus tôt dans la capitale du Doubs avec son mari Fabrice rencontré pendant leurs études de médecine à Strasbourg. Ils ont découvert la glace à la rentrée 99 quand leur fils ainé, rêveur mais tonique, s'initie à la glisse avec l'Ecole Municipale des Sports. On peut imaginer les semaines de cette famille avec trois enfants de moins de 6 ans, des emplois de sage femme et de chirurgien !

Nicolas est donc accueilli par Fabrice Gailly, joueur de l'équipe senior, étudiant STAPS qui anime les scolaires le mercredi à la patinoire de Besançon. Alain Pivron et Yvan Jurzinek prendront le relai et accueilleront ensuite Guillaume. Le samedi soir la famille au complet se presse voir les matches de l'équipe première dont la première finale de la Coupe de France qui oppose le 19 février 2002 les Dragons de Rouen (coachés par Guy Fournier) aux Séquanes de Besançon (pourtant pensionnaires de D1). Les enfants ont «activité» tous les soirs. En plus de la patinoire se succèdent judo, gym, tennis, escalade, athlétisme. Sophie débute par une saison de danse sur glace, le temps d'acquérir de solides bases de patinage et de rejoindre... ses frères et le hockey... pour toujours !

Guillaume n'aura pas la patience des cours de patinage, la crosse et le palet sont déjà aimantés et les séances publiques remplacent l'école de hockey. Une précocité qui le conduira à jouer le Championnat du Monde U20 Division 1 Groupe A à Amiens à 16 ans et 10 mois dans la même équipe que son frère de 18 mois son aîné. Les deux frères firent les beaux jours des jeunes Gothiques que Nicolas avait rejoint en seconde au Lycée de la Sainte Famille et Guillaume en 4ème au collège Amiral Lejeune puis Sainte Famille tandis que Sophie grimpera tous les échelons jusqu'à participer aux Championnats U18 et U22 Elite... masculin avec Dijon. Cadre de la DTN dans la région Est, Romain Guibet se souvient avec émotion des enfants mais aussi de Bénédicte et Fabrice les parents : « Une famille formidable, unie, tournée vers l'excellence quelque soit le domaine d'engagement » avec des souvenirs comme ce carré final U15 à Bercy coaché par Daniel Maric, Nicolas défenseur - pas le plus grand sur la patinoire - mais immense de vivacité et d'abnégation. Des qualités naturelles mais merveilleusement entretenues par des parents impliqués. Altruistes pour le club, la Ligue, les collectifs nationaux ; assumant aussi facilement les basses besognes à la patinoire que les responsabilités officielles (Médecin pendant les stages EDF organisés dés 2010 à Besançon puis en tournée à l'étranger Fabrice est aujourd'hui Président de la Commission Médicale à la Fédération). Bénédicte cumule la Présidence du club bisontin et la vice-Présidence de la Ligue Franche-Comté tout en coordonnant le développement dans la zone (PlateauxFairPlayZir, U9, U14, PND...). Elle garde une tendresse évidente pour les rassemblements organisés à Besançon avec les collectifs - 16 ans. Les tribunes de 900 places pleines pour la France opposée à la Slovénie ou la Pologne entre 2010 et 2013 avec Fabrice en médecin du tournoi.

Romain Guibet souligne avec nostalgie l'excellence de la collaboration avec Bénédicte lors des premiers stages U14 organisés en France... pour les 94 dont l'aîné des Leclerc et ses compères Arthur Montenoise et Julien Guillaume. Leurs parcours jusqu'au haut niveau prouvera la pertinence de la démarche devenue un socle du plan de développement national. L'Alsacien Pierre Pousse parle de la récente intégration de Guillaume au sein du collectif senior : « Une évidence ! Il hausse son niveau de jeu et accepte toutes les missions confiées sans jamais broncher. Ce qui lui arrive cette saison est une juste récompense et sa carrière internationale ne s'arrêtera pas là ». Les points communs entre les deux frères ne se limitent pas à leurs débuts de hockeyeurs de Besançon à Amiens en passant par Dijon ! Alors que les deux brillants patineurs jouent le mondial U20 en 1993, l'Elite américaine, la NCAA repère Guillaume qui, une fois son bac en poche, partira dans l'antichambre de l'Université de UMass Lowell. Une saison de feu en NAHL, deux en USHL plus tard et il rejoint la NCAA D1 : un graal ! Avec un statut de boursier et étranger, il doit faire plus que les autres pour gagner puis garder sa place. Guillaume fait face et s'accroche... comme toujours. Mais le temps de jeu fond lui empêchant de défendre ses chances ! Il finit son semestre en Business & Finance et reprend contact avec la France. Opportuniste Edo Terglav se souvient qu'il a été son assistant coach en Équipe de France U18 et offre un poste au Bisontin dans l'effectif des Brûleurs de Loups.

Début en Synerglace Ligue Magnus. Presque simultanément son frère aîné traverse l'Atlantique dans l'autre sens. Direction Atlanta et son Université de GeorgiaTech. Peu avant il avait fait des adieux émouvants au championnat élite et aux Gothiques d'Amiens pour rejoindre Georgia Tech Lorraine sur le Technopole de Metz, antenne française de la prestigieuse université américaine. Retraité du haut niveau à 23 ans, 5 championnats du monde et près de 170 rencontres au plus haut niveau français (Championnat et Coupes). Diplôme d'ingénieur (Génie Mécanique) de l'Université de Technologie de Compiègne, 3ème de sa promo en parallèle de sa carrière de hockeyeur des Gothiques à Amiens... Compiègne aller et retour quotidien : vis ma vie d'Etudiant Sportif de Haut Niveau du campus au Coliseum... en TER.

Internationale à 15 ans, le parcours de Sophie suit les traces de ses frères jusqu'à Dijon. Suivre non, car très jeune elle voulait jouer avec eux, contre eux, les battre ! Meilleure pointeur de la saison 2018-2019 (2,5 points par match) au sein d'une équipe de deuxième partie de tableau du championnat de France féminin Elite, au poste de défenseure, voilà la «petite» sœur ! Avant sa vingtième année, elle affichait 6 participations en Championnats du Monde dont 4 seniors et fera partie de l'aventure qualificative pour les JO en 2017. Sa carrière internationale est aujourd'hui entre parenthèses mais pas le hockey. Aujourd'hui 22 ans quand Sophie, Etudiante en 4ème année à la Faculté de Médecine de Dijon rentre chez elle c'est pour défendre les couleurs de sa ville natale.

2 avril 2018, l'équipe de Besançon remportait son premier titre de Champion de France féminin. Capitaine et meilleur compteur : Sophie Leclerc. Sophie et Bénédicte sont sur la photo avec la coupe.

Mardi 9 avril 2019 22h20 presque un an jour pour jour, Île Lacroix Rouen, les Brûleurs de loups jettent leur casque en l'air en signe de victoire. La Coupe Magnus vient de choisir son camp. Les supporters et les familles commencent à arriver sur la glace. Bénédicte est là et pour rien au monde elle n'aurait raté cette occasion de célébrer. Guillaume et sa mère sont sur la photo avec la Coupe Magnus pour ponctuer cette magnifique saison. Jacques Reboh le Président grenoblois se confie lors du match 2 à Rouen : « Définir Guillaume ? Efficacité et Humilité ». Une formule qui à elle seule résume cette famille.

Dans la famille Leclerc, je demande la mère ! Maman, dirigeante elle a tellement oeuvré. Sage Femme de son état, elle a aussi beaucoup donné la vie. Simple femme, à titre personnel elle en connaît le prix. Des figures, des fratries, des familles, le hockey français en a connu et en connaitra. Nul doute que l'histoire écrite par cette famille inspirera chaque nouveau venu au club de Besançon. mais aussi dans toute la France. Mesdames Messieurs Leclerc Merci. la France du hockey vous lève son casque !